vendredi 13 janvier 2012

Régime

Vous avez tous – ou pas – entendu parler de la dernière trouvaille du Dr Dukan, qui propose que l'IMC (indice masse corporelle) soit pris en compte dans la note au bac. En d'autres termes, plus brutaux, que les gros soient pénalisés par rapport aux minces.
Plein de journaux et de blogs en ont déjà parlé, et je ne reviendrai pas là-dessus. Ce Dr Dukan, qui propose un régime dont il est prouvé qu'il est mauvais pour la santé et qu'il aboutit dans 80% des cas à une reprise du poids perdu, mériterait d'être étouffé sous dix tonnes de son d'avoine. Soit il est totalement idiot et n'a aucune notion de médecine, de psychologie, de problèmes sociaux, ni même de nutrition, soit il est très malin et a trouvé un bon moyen pour se faire encore plus de pub et gagner encore plus d'argent sur le dos de pauvres gens complexés. Je penche pour la deuxième explication. Dans les deux cas, il a bien mérité son surnom de Dr Dukon. A ce sujet, je vous invite à lire par exemple ce billet de Pensées de ronde, et celui de la Poule Pondeuse.

Quoi qu'il en soit, cette histoire m'a fait repenser à quelque chose qui me met hors de moi depuis des années : le diktat de la minceur dans nos sociétés d'abondance, en particulier pour les femmes. Parce qu'il faut bien l'avouer, parmi les gens qui font des régimes alors qu'ils n'en n'ont pas besoin, et ce sont ceux-là qui m'occupent, il y a majoritairement des femmes. Influence des magazines, obsession de la balance, confusion entre le surpoids et la cellulite (que l'on peut trouver moche mais qui est normale et naturelle chez les femmes, étant un caractère sexuel secondaire, comme les poils ou les seins – Miss Thing One en avait déjà à six mois) (de la cellulite, hein, pas des poils ou des seins, n’exagérons pas), tous ces facteurs et bien d'autres entrent en jeu, mais le fait est que j'ai connu plein de femmes qui se privaient à table alors qu'elles n'en n'avaient objectivement pas besoin.

Deux anecdotes en particulier ont attiré mon attention sur ce phénomène.
– Quand je travaillais dans une maison d'édition, un jour d'été où tous les hommes étaient occupés ou absents, une fille a eu la bonne idée d'acheter deux litres de glace (vanille/caramel, et sorbet aux pommes) et d'inviter tout le monde a prendre le goûter dans la salle de réunion. Le matin même avait eu lieu la visite médicale, au cours de laquelle nous avions été pesées, et j'avais constaté à cette occasion que la balance du médecin m'avait ôté deux kilos. Innocemment, je l'ai dit. Consternation générale, exclamations désolées, soupirs de regrets, sur le mode "Ah, c'était trop beau" ! Nous étions une dizaine ou une douzaine de filles. Seules deux d'entre nous ont choisi la glace vanille/caramel – dont moi, bien sûr ! Toutes les autres ont mangé leur triste sorbet à la pomme. Pas une, PAS UNE de ces filles n'était en surpoids ; il y avait même au moins deux sacs d'os dans le tas.
(Et ne venez pas me dire que, par une coïncidence extraordinaire, tout le monde préférait la pomme au caramel !)
Cet épisode m'a pas mal marquée. Un vrai coup de poing, en fait. Je ne l'ai jamais oublié.
– Quelques temps plus tard, dans un laboratoire d'analyse, la personne à l'accueil a demandé son poids à la dame qui allait faire sa prise de sang avant moi. Celle-ci a regardé autour d'elle d'un air traqué, s'est penché en avant au-dessus du comptoir, et a chuchoté piteusement : "58 kilos".
Et elle ne mesurait pas 1,40m, hein. Elle avait un poids qui correspondait parfaitement à sa taille. Un poids inférieur au mien, soit dit en passant. Et pourtant, elle en avait honte. Là encore, ça m'a vraiment frappée.

Depuis, je me suis jurée de ne pas tomber dans ce travers moi-même. La lecture d'un bouquin de Zermati, un nutritionniste plein de bon sens, m'a confortée dans mon opinion. Ça devrait être évident, pourtant : on grossit quand on mange trop, pas quand on mange à sa faim et donc qu'on brûle les calories qu'on absorbe, indépendamment de ce qu'on mange. Heureusement, peut-être parce que je n'ai jamais ouvert de magasine féminin (à part pour mon mémoire de fin d'études sur le sexisme, et j'y ai trouvé encore plus de matière que je ne l'avais espéré), je n'ai jamais su qu'il fallait complexer quand on portait du 42 et occasionnellement du 44. Je mesure 1,72m, je pèse entre 62 et 68 kilos selon les périodes, j'ai donc un IMC tout à fait normal, et quand j'ai envie de manger du chocolat, j'en mange. Et quand je n'en ai plus envie, je m'arrête. Sur ce point, je suis absolument convaincue que Zermati a raison : quand on est persuadé que le chocolat n'est pas tabou, qu'on en a toujours à la maison, et qu'on sait qu'on peut en prendre autant qu'on veut, il n'y a aucune raison de finir toute la tablette d'un coup. Et ça ne m'est plus arrivé depuis l'adolescence, à l'époque où le chocolat du goûter était rationné, justement.

Bref, je suis très fière de mon rapport décomplexé avec la nourriture, et je regarde avec une certaine condescendance celles qui se demandent s'il est "bien raisonnable" de reprendre une part de tarte alors que leur silhouette est tout à fait correcte (attention, je ne parle pas de celles qui ont de vrais problèmes de surpoids). Heureusement, je suis au-dessus de tout cela.



Cela dit, avant-hier, la diabétologue m'a fait monter sur la balance, et j'ai découvert que j'ai pris une douzaine de kilos depuis le début de ma grossesse. En six mois. Soit presque autant que pour les Things, et beaucoup plus que pour le Grand.
Alors certes, je suis au-dessus de tout cela, moi. Je n'ai pas de complexes, moi. Je ne fais pas de régime, moi.
N'empêche que pendant les trois mois qui viennent, je compte me nourrir exclusivement de salade. Uniquement parce que c'est recommandé pour mon diabète gestationnel, vous comprenez.


PS : De Zermati, vous pouvez lire Maigrir sans régime, Chez Odile Jacob, c'est très intéressant même quand on n'a pas de problèmes de poids, malgré le titre un peu trop accrocheur. Vous pouvez aussi consulter tous les billets de la rubrique "Zermati et moi" de Pensées de ronde, et aller jeter un coup d'oeil sur le site du GROS (oui, ils ont osé l'appeler comme ça, je trouve ça très drôle).
PS2 : Et que ceux qui ne me connaissent pas (les autres riront bien) ne s'inquiètent pas trop pour moi : "salade" signifie "légumes", donc un gratin de blettes à la béchamel, par exemple, rentre dans cette catégorie. Avec de la viande à côté, bien sûr.

Edit : Tenez, une réponse de Zermati à Dukan ici.

4 commentaires:

  1. J'applaudis des deux mains ! (Et je vote Zermati, moi aussi. Je suis en plein dedans, là.)
    Le nombre de copines toutes maigres qui se privent, et qui me regardent avec un mélange d'envie et de méchanceté pure quand moi, j'ose me resservir, alors qu'objectivement j'ai évidemment plus de poids à perdre qu'elles...

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  2. Tu as mis une caméra chez moi, c'est ça ? Tu as vu que j'avais remis un jean pour la première fois depuis des mois et qu'il me moule, le salopiaud, hein !
    Il est pas mal, Zermati, il a l'air d'avoir tout compris au problème. Sauf que pour appliquer ses conseils il faut un minimum de volonté quand même.
    L'autre jour je lisais justement cet article : http://www.penseesderonde.fr/2011/12/interview-de-jean-philippe-zermati-sur-limpulsivit%C3%A9-alimentaire.html#more en me bâfrant de petits jésus en meringue...

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  3. Ben moi, je trouve que quand on se dit "Oh, je n'ai plus faim, pas grave, je finirai mes meringues plus tard, ce sera meilleur si j'ai un petit creux", on n'a pas besoin de tant de volonté que ça. Mais il dit aussi plein de choses sur les compulsions, l'influence du stress et des émotions, tout ça... Tu devrais lire son bouquin.

    Cela dit, je te rassure, il m'arrive aussi de me consoler avec des sucreries quand je me sens frustrée, par exemple (au hasard) parce que je ne fais que bosser et m'occuper des gosses, et que je ne profite pas assez de la vie. Ce qui explique mon poids fluctuant. Mais ce n'est pas si grave. Je crois que la première étape, c'est le deuil du poids qu'on pesait à 18 ans, et ça passe par virer les jeans trop petits au lieu de les garder "au cas où"...

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  4. Un bon point pour moi, j'ai fini pa faire le deuil de mes pantalons en 14 ans (à peu près :D)
    Mais si tu te rappelles ce que je racontais à propos de la procrastination, de mon besoin compulsif de consulter internet toutes les deux minutes, que ce soit pour le boulot ou pour le plaisir... ben j'ai exactement le même rapport avec la nourriture. Volonté 0 de chez 0. La "pompe à chocolat" de Zermati, c'est ce que j'essaie de pratiquer depuis que j'ai commencé à enfler, mais il n'y a rien a faire, je craque à chaque fois. Bon, allez, une fois n'est pas coutume, je vais prendre une bonne résolution : trouver ce bouquin et arrêter de céder aux appels du placard toutes les deux secondes, sous peine de ne plus passer les cuisses dans mes bas de contention, et dieu sait si j'en ai besoin !! (Je sais, faut faire le deuil, tout ça... n'empêche qu'à l'époque où j'avais dû les acheter, ils étaient trop grands !...)
    (Ha ha, le mot de vérification, c'est "alinGRA" !)

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