dimanche 26 mars 2017

Des femmes et des hommes (allemands)

Allemand du soir. (Quand j'y pense, je me trouve héroïque de réussir à caser ça presque tous les jours entre le coucher des enfants vers 21h et la reprise du boulot à 21h30 ou plus.)

— Allez, mon grand, on revient sur cette histoire de conditionnel ?
— Non, on fait plutôt mes devoirs pour mardi ? J'ai dix phrases à inventer.
— D'accord. Le thème ?
— Cinq clichés sur les hommes, et cinq sur les femmes.

Cette prof a toujours des idées extraordinaires.

Et voilà comment j'ai passé une bonne partie de ma soirée, non seulement à faire de l'allemand, mais aussi à écrire des crétineries telles que "Les hommes ne sont pas capables de faire plusieurs choses en même temps", "Les femmes sont plus douces avec les enfants", "Les hommes aiment bricoler" ou "Les femmes sont coquettes."

(Soupir)


[Bonus : après avoir terminé les phrases, on note le vocabulaire. Par-dessus son épaule, je constate que le Grand a écrit "étourdit".
— Enlève-moi ce T de là, s'il te plaît.
— Un S, alors ?
— Ben non, pas au singulier.
— Ah bon ? Pas de lettre muette ?
— Non. I tout court.
— Pff... C'est décevant.]

samedi 25 mars 2017

Méconnaissance mutuelle

Jeudi soir, c'était l'inauguration du Salon du Livre. Je ne vais pas vous raconter une fois de plus qu'une jeune femme m'a embrassée sur les deux joues en m'appelant par mon prénom et en me tutoyant, et que je n'ai pas la moindre idée de son identité, n'est-ce pas ? Non, ce n'est pas la peine.

Mais une petite anecdote dans la même veine : avant d'aller au Salon du Livre, j'étais allée à l'Assemblée Générale de l'association de traducteurs dont je fais partie. J'ai reconnu (si, si !) deux ou trois personnes, mais j'ai cherché en vain des yeux dans la salle une collègue dont je savais qu'elle faisait partie du bureau. J'avais dîné avec elle et d'autres collègues au restaurant, il y a deux ans. Je ne l'ai pas trouvée, et elle n'est pas venue me voir. Tant pis. J'ai bavardé un peu avec d'autres gens, j'ai fait connaissance de ma voisine de gauche, j'ai regardé de travers ma voisine de droite qui n'arrêtait pas de bavarder avec son propre voisin, je me suis présentée à une traductrice qui avait traduit la même auteure que moi, j'ai demandé à une autre des nouvelles d'une éditrice qui a complètement disparu dans la nature, etc.

Et puis bon, je suis allée au Salon, et comme prévu, je n'ai rien réussi à manger, pas plus que je n'ai pu regarder les livres en paix, donc j'ai fini par m'asseoir dans un coin et par traduire un chapitre de plus de mon roman en cours (oui, j'avais eu la bonne idée de prendre mon ordinateur) en attendant l'heure à laquelle je devais retrouver mes collègues. La soirée finie, nous sommes allées joyeusement au restaurant. J'étais curieuse de savoir si celle que j'avais cherchée en vain à l'AG allait venir. Je m'attendais à moitié à ce qu'elle me dise "Dis donc, je t'ai vue tout à l'heure, pourquoi as-tu fait semblant de ne pas me reconnaître ?"

Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est à voir apparaître ma voisine de droite. La bavarde à qui j'avais failli lancer un "Chut !" au moment où elle expliquait à son voisin que la "romance" d'aujourd'hui n'était plus ce qu'elle était, et qu'on ne trouvait plus de romans à l'eau de rose sans scènes érotiques ou pires (rien qu'en pensant à ses exemples, j'en rougis encore). Celle avec qui j'avais échangé quelques mots à la fin de l'AG. Et qui ne m'avait pas reconnue non plus, donc.

Ça m'a fait très plaisir de voir que je n'étais pas la seule aphysionomapathe...

PS : En vrai, ça s'appelle de la pronopagnosie.

jeudi 23 mars 2017

Plus royaliste que la (petite) reine

— Allez, mon Grand, c'est l'heure de partir pour ton rendez-vous chez le dentiste.
— On y va en vélo ?
— J'ai pris nos cartes vélib, on reviendra en vélo. Mais je pensais y aller en RER.
— Pourquoi on n'y va pas en vélo ? C'est loin ?
— Huit ou neuf kilomètres. Quatre stations de RER.
— On a encore le temps d'y aller en vélo, si on part maintenant ?
— Oui, mais pourquoi ?
— Parce que ça fait faire du sport. C'est important de faire du sport.
— Tu rigoles ? Tu viens de faire deux heures d'aviron, tu m'as même dit que tu avais des courbatures partout ! Et puis c'est TOI qui dis ça, toi qui est capable de passer une semaine de vacances sans bouger de ton lit, sauf pour manger ?
— Si on y va en vélo, je pourrai emporter mon Encyclopédie de la Seconde Guerre mondiale dans une sacoche, pour la lire dans la salle d'attente. Elle est trop lourde pour la porter à la main.
— Si vraiment tu tiens à emporter ton Encyclopédie de la Seconde Guerre mondiale pour les cinq minutes pendant lesquelles nous devront attendre, tu peux la mettre dans un sac à dos.
— En vélo, on est sûrs d'arriver à l'heure. Des fois, le RER a un problème et s'arrête entre deux stations.
— Bon, mon Grand, arrête de me sortir des arguments bidons, et dis la vérité. Ce n'est pas pour ça que tu veux y aller en vélo. Je le sais.
— Hein ? Quoi ? Pourquoi ? Qu'est-ce que tu insinues ?
— Allez, avoue : tu aimes te déplacer à vélo, tout simplement...

Il n'a pas démenti. Nous avons fait joyeusement nos 18 kilomètres, et au retour,  comme j'avais eu la bonne idée d'emporter des muffins aux myrtilles et une thermos de chocolat chaud, nous nous sommes arrêtés dans un parc pour goûter.

Je crois que pour celui-là, c'est bien parti : il s'y est mis tard, mais il a bel et bien mordu à l'hameçon...

mercredi 22 mars 2017

Réclamation, proposition, décision et suggestion

C'était juste une remarque de la part de son père, quelque chose comme "arrête de taper sur la table" ou n'importe quoi du genre, mais Mr Thing Two, d'habitude plutôt gentil et accommodant, a tout à coup piqué une crise. Après avoir hurlé sa rage contre son père et contre le monde entier, il m'a laissé le prendre dans les bras, sanglotant, et a tenté de m'expliquer ce qui le chagrinait :
— C'est toujours les parents qui décident tout ! C'est jamais nous ! J'en ai marre ! Et dans la famille, c'est toujours les parents, ou alors c'est le Grand parce qu'il a le droit, et même des fois c'est le Filou parce qu'il fait des caprices, mais c'est jamais nous [sa sœur jumelle et lui, ndt] ! C'est pas juste !

Éternelle malédiction des enfants qui ont une place intermédiaire dans la fratrie, et qui ne bénéficient ni de la liberté de l'aîné, ni de l'indulgence du plus jeune. Il a raison. Il a cent fois raison. Je le lui ai dit, d'ailleurs. Et après lui avoir expliqué que les parents aussi obéissent à des règles sévères, même si ça ne se voit pas, j'ai proposé :
— Je comprends ce que tu me dis, et je vais essayer de vous laisser choisir quelque chose de temps en temps. Tiens, par exemple, tu pourrais me dire ce que tu as envie de faire le weekend prochain...

Il s'est arrêté de pleurer tout net :
— Ah oui, d'accord ! Je veux aller au Louvre !

Je ne remercierai jamais assez ma bonne étoile qui a fait que le matin même, je lui avait montré quelques photos du Louvre et non pas, au hasard, du parc Astérix ou de New York.

Louvre, donc.

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L'après-midi, je reparle de l'incident avec le Grand, et je conclus :
— Il faut que je trouve des trucs pour lesquels il a voix au chapitre.
— Il pourrait choisir ses vêtements le matin, par exemple !
— Hum... Tu crois ? C'est vrai qu'il a l'âge, mais il s'en fiche complètement, de ses vêtements...
— Oui, mais c'est une concession facile à faire, et ça lui donnera l'impression de prendre des décisions. Tu sais, c'est comme en politique : tu fais quelque chose qui ne coûte pas cher et qui fait plaisir au peuple, pour pas que les gens se rendent compte qu'ils n'ont aucune influence sur les mesures importantes.

Je soupçonne ce garçon de lire Machiavel en cachette...

mardi 21 mars 2017

Pôle Emploi et le multilinguisme

Après plusieurs tentatives infructueuses de la part de Darling (l'informatique n'est vraiment pas son fort), je décide de prendre les choses en main et de l'aider à s'inscrire à Pôle Emploi, puisque quand il y est allé en personne, on l'a renvoyé chez lui en lui ordonnant de faire ça sur Internet.
(Sans commentaire)

Alors, nom, prénom, date de naissance, nationalité, lieu de naissance, blablabla, métier exercé jusqu'ici, dates, blablabla, et puis on passe à la partie CV, et là, déjà, on s'amuse parce que "libraire" fait partie de la catégorie "vente au détail de sport et loisir", et donc il faut répondre à des questions du genre "Avez-vous une connaissance approfondie des instruments de musique ?" ou à d'autres encore plus étranges qui s'appliquent de toute évidence davantage aux vendeurs de Decathlon qu'aux chefs de rayon dans une librairie.
Bref, au bout d'un moment vient la question des langues parlées, et je me dis ouf, enfin une partie du dossier où il va briller.
Sauf qu'en fait, il n'y a que deux lignes, et on ne peut pas en ajouter d'autres.
Le cas des quintilingues n'est pas prévu.

En revanche, juste en-dessous, on peut noter jusqu'à trois permis de conduire différent. Parce que savoir conduire une moto ET une voiture ET un poids-lourd, c'est vachement plus utile que parler plein de langues quand on bosse dans une librairie internationale ou dans n'importe quel magasin de loisirs en plein centre (touristique) de Paris, bien sûr.

Grrr.

lundi 20 mars 2017

Schtroumpf grognon

Dialogue matinal avec le Filou, presque tous les jours le même :
— Bonjour mon Filou ! C'est l'heure de se réveiller !
— Ya pas école, auzourd'hui ?
— Ah si, je suis désolée, il y a école. On est lundi...
— Non ! Y a pas école ! Ze veut pas aller à l'école ! Auzourd'hui, ze reste à la maison !
— Ah, mais c'est pas fini de râler comme ça tous les matins au lever, et tous les soirs au dîner, et... et tout le temps, en fait ? Espèce de schtroumpf grognon !

Ça, ça ne lui plaît pas. Sourcils froncés, il me corrige :

— Ze suis pas le stroumf grognon, ze suis le stroumf mignon.

Bon, on va dire un mignon schtroumpf grognon, alors.

vendredi 17 mars 2017

Aerkaos et la politique de l'autruche

— Mon Grand, ça fait longtemps que je ne t'ai pas vu avec un roman entre les mains. Tu n'as plus rien à lire ? Tu n'étais pas au milieu d'une trilogie ? Aerkaos ?
— Si, j'ai fini le tome 2.
— Et alors, pourquoi tu ne lis pas le troisième ? Je croyais que ça te plaisait !
— Ben oui, justement.
— ???
— Dans presque toutes les trilogies, ou les séries, il y a un ou plusieurs personnages important qui meurent dans le dernier volume. Fred Weasley, par exemple. J'ai beaucoup aimé les deux premiers volume de celle-là, donc je n'ai pas envie de lire le troisième.


Franchement, je ne sais plus quoi faire de ce garçon.

(Heureusement que je ne lui ai jamais mis Hunger Games entre les mains, dites donc.)

(Le pire c'est que je l'ai lue, cette trilogie de Jean-Michel Payet, et jusqu'au bout, même ; mais je ne me souviens plus du tout de l'histoire, juste que ça m'avait beaucoup plu. Et je n'ai pas vraiment le temps de la relire pour vérifier si oui ou non, ça se termine mal pour l'un des personnages importants...)