samedi 16 décembre 2017

10 kilomètres dans la gadoue

Dimanche dernier, plus de huit ans après la dernière fois, j'ai participé à une course à pied officielle.

Enfin, quand je dis huit ans, c'est faux. Il y a deux ans, j'avais déjà essayé de m'y remettre. Je m'étais inscrite à une course. Mais après une première boucle de 5 km, quand je m'étais rendu compte que j'étais la toute dernière et surtout que mes jambes refusaient de me porter plus longtemps, j'avais abandonné au milieu. J'étais repartie morose, en ayant envie de crier à tout le monde "Oui mais depuis la dernière fois j'ai eu trois enfants, d'abord ! Et une grossesse gémellaire qui m'a fait prendre du poids et perdre des muscles ! Et quasiment pas une seconde pour faire du sport !" Sauf que bon, les coureurs à qui j'aurais voulu crier ça étaient beaucoup trop loin. A part les quelques-uns qui étaient déjà arrivés parce qu'ils avaient fait deux boucles avant même que moi je termine péniblement la première. Frimeurs.

Bref, dimanche dernier, j'ai réessayé. Cette fois, ça faisait quelques mois que j'essayais d'aller courir plus ou moins régulièrement, donc j'avais bon espoir d'arriver au bout, en mettant le temps qu'il faudrait. Autrefois, avant d'avoir les sales mômes, je faisais 10 km en une heure. Alors maintenant, allez, une heure et vingt minutes ? Une heure et demie, au pire ?

J'étais motivée, je vous jure. Mais quand mon réveil a sonné, parce que la course était à 9h30 et que donc j'avais dû mettre mon réveil, à 7h30, un dimanche,
quand j'ai vu qu'il ferait encore nuit même au moment où je partirais de la maison,
quand j'ai vu que dehors, c'était le déluge,
quand j'ai vu qu'il faisait 4 degrés,
j'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à ne pas renoncer.
(Et accessoirement, je me suis demandé pour quelle raison je n'avais pas choisi de faire ma première course depuis huit ans au printemps. Qu'est-ce qui m'a pris ? C'était si urgent que ça ?)

J'y suis allée, néanmoins. A vélo, même, pour me mettre en jambe (et puis parce que ça évite de revenir en métro, rouge, trempée, gadouilleuse et malodorante, sous le regard horrifié des autres passagers) (et sans un bouquin à lire) (c'est surtout ça, en fait).

Cela dit, comme j'ai un faible pour les situations cocasses, contre toute attente, sur la ligne de départ, j'étais de bonne humeur. Hilare, même. Tout le monde râlait, parce qu'il pleuvait encore, et surtout parce que le parcours était en grande partie en forêt, sur des chemins de terre. Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin, n'est-ce pas ? La terre, quand il a plu pendant des heures non-stop, ça devient plus liquide que solide. En clair, il y avait des grandes portions de l'itinéraire où la boue était telle qu'on ne pouvait pas courir : tout au plus pouvait-on marcher, en faisant très attention où on mettait les pieds, sous peine que l'épreuve de course se transforme en concours de natation.

Et donc j'ai couru, marché, pataugé, nagé. Et je suis arrivée au bout, sans m'être arrêtée une seule fois, sans avoir été tentée de renoncer. Je n'étais pas la dernière, même pas dans les cinquante derniers, je pense. (En fait je me rends compte à l'heure où j'écris ces lignes que je ne suis même pas allée voir mes résultats, tellement je m'en fichais. Je viens de le faire : j'étais la 680e sur 763, soit la 50e de ma catégorie, "femme d'un âge respectable" – en vrai on dit vétérane). Et j'ai mis moins de temps que prévu. 1h et 10 minutes, soit juste une minute par kilomètre de plus qu'il y a une dizaine d'années. Ça pourrait être beaucoup mieux, ça pourrait être bien pire. Mais surtout, ce qui compte, c'est que je suis arrivée au bout. J'ai relevé le défi. Je peux encore le faire. Et je suis revenue drôlement fière de moi. Et ça, ça n'a pas de prix. Je recommencerai, c'est sûr. Peut-être même un jour sans gadoue, pour varier les plaisirs.

(J'aimerais vous dire que mes enfants m'ont applaudie quand je suis arrivée, mais pas du tout, ils ont à peine levé le nez de leurs Lego. Ils voulaient tous que je leur file ma médaille, par contre...)

dimanche 3 décembre 2017

Echange de maison

Cet été, j'ai passé deux semaines à Londres avec ma mère, ma soeur-ado, et les Things (pendant que Darling emmenait le Grand et le Filou à la mer). Je m'étais promis de vous raconter nos vacances, ce que je n'ai pas fait, et de vous envoyer des cartes postales virtuelles, ce que je n'ai pas pu faire. Mais surtout, je voulais vous raconter comment nous avions fait pour loger à Londres, à cinq, pendant 14 nuits, sans devoir braquer une banque ou vendre un enfant.

La réponse tient dans les trois mots du titre : échange de maison.

Si jamais certains d'entre vous ne connaissent pas le concept, c'est tout simple : vous allez loger chez une famille qui, en retour, vient loger chez vous, soit à la même date, soit en décalé dans le cas d'un échange non-simultané. C'est gratuit (sauf l'inscription au site), ça repose sur la confiance (les problèmes sont très rares, mais il y a une assurance), et c'est génial. Non seulement pour des raisons économiques (c'est LE frein aux vacances, surtout quand on a un certain nombre d'enfants et qu'on veut partir plus qu'un weekend : trouver un hôtel ou une location à un prix raisonnable pour cinq ou six est impossible), mais aussi parce que ça permet de vivre dans un endroit vivant, comme les autochtone, avec une cuisine (ce qui évite de se ruiner au restaurant ou de se contenter de sandwichs), avec des jouets (qui vous sauvent la vie quand vous avez des mômes), avec une machine à laver, des livres, des DVD, des vélos, etc., selon l'endroit où l'on tombe.

Mes parents avaient pratiqué quelques fois quand j'étais adolescente, et je me souviens en particulier de quinze jours dans une très belle maison au bord de la mer en Toscane ; par la suite, ma mère était aussi allée en Californie, à l'époque où Internet n'existait pas et où il fallait mettre une petite annonce dans un catalogue et contacter les gens par lettre ou téléphone. Je m'étais toujours promis d'en faire autant, mais malheureusement, Darling fait partie de ces gens qui ne supportent pas l'idée que des inconnus puissent fouiller dans leurs sous-vêtements ou lire leur correspondance de jeunesse (alors que, soyons clairs, non seulement les gens qui viennent en vacances dans votre région ont autre chose à faire qu'espionner votre vie intime, mais en plus, même s'ils tombent sur un sex-toy rigolo ou le journal intime où vous confiiez vos amours impossibles à quinze ans, on s'en fiche complètement, non ?).

Du coup, quand nous avons décidé d'aller à Londres, c'est ma mère qui a mis sa maison sur Homelink, et j'y ai ajouté la maison de ma grand-mère en Italie pour augmenter nos chances. Nous nous y sommes prises un peu tard (les gens commencent à proposer des échange environ six mois avant les vacances, or nous étions déjà au printemps), mais par miracle, après vingt ou trente tentatives vaines, nous avons trouvé une famille qui a accepté un échange non-simultané : ils étaient absents en août et voulaient bien nous céder leur maison si nous pouvions faire en sorte de libérer la nôtre pendant les vacances de Noël. Et voilà comment nous avons eu à notre disposition, pendant quinze jours, une maison dans une ruelle adorable et typiquement anglaise, avec quatre chambres, trois salles de bain, une grande cuisine, le tout près d'un très grand parc et pas loin d'une station de métro qui conduisait tout droit vers le centre de Londres.
Et franchement, ces vacances font parties des meilleures vacances que j'ai passées depuis la naissance des Things. Puisque, pour la première fois, nous avions le temps de profiter de Londres (alors qu'à chaque fois que j'y vais, c'est en coup de vent, justement pour des question de prix d'hôtel ou parce que je suis logée chez quelqu'un et que je ne veux pas abuser de son hospitalité), nous avons pu voir tout ce qui nous faisait envie, sans pour autant faire de stakhanovisme touristique.

J'ajouterai que ces échanges permettent aussi parfois de faire la connaissance de gens qui, par définition, sont ouverts d'esprit, curieux, et aiment voyager en découvrant la culture d'autres pays (plutôt qu'en se prélassant dans un club med aseptisé avec piscine et repas standardisés). J'ai même fini par recevoir des Danois chez qui je doute pouvoir aller moi-même, simplement parce qu'ils m'étaient sympathiques et que ma maison italienne était disponible aux dates demandées ; nous sommes arrivés là-bas quelques heures avant qu'ils repartent, et nous avons déjeuner ensemble dans une ambiance très détendue. De même, nous rencontrerons bientôt nos hôtes anglais à Noël, quand ils arriveront chez ma mère juste avant notre départ.

Pourquoi est-ce que je vous raconte ça maintenant ? Parce que sur Homelink, les échanges de proposition concernant les prochaines vacances d'été sont en train de commencer. Et que je me suis dit qu'il fallait vraiment que j'en parle à ceux qui ne connaissent pas ou qui hésitent à sauter le pas. Les choix qui s'offrent à moi me donnent presque le tournis. Berlin ? Édimbourg ? Rome ? Bruges ? Aarhus ? Rennes ? Je ne pensais pas que j'aurai un jour l'occasion d'hésiter entre toutes ces destinations en ne m'inquiétant que du prix du transport... Vivement les prochaines vacances, où qu'elles soient !



PS: Homelink n'est pas le seul site qui propose ce genre de choses, mais après une rapide étude de marché, c'est celui qui nous a le plus convaincu, et c'était déjà l'organisation par laquelle passaient mes parents autrefois. Il va sans dire que ce billet est spontané et absolument pas sponsorisé !  

PS du 04-12 : pour ceux qui hésitent, on peut faire une inscription temporaire d'un mois gratuitement avant de s'inscrire pour de bon.

vendredi 1 décembre 2017

Marche surplace

Aujourd'hui, en conduisant Miss Thing One à son cours de danse, j'ai vu une femme qui arrivait en voiture au club (qui fait aussi salle de sport), et quand je suis repartie, j'ai vu qu'elle était en train de marcher sur un tapis roulant.
Elle est venue en voiture marcher sur un tapis roulant.

Non, ne me dites pas qu'elle n'aime peut-être pas marcher en ville, qu'elle a peut-être peur de marcher dehors alors qu'il fait nuit quand elle sort du boulot, qu'elle connaît le bois le plus proche par cœur, ou n'importe quelle excuse du genre. Pensez juste à cette société dans laquelle des gens sont tellement sédentaires qu'ils considèrent qu'ils doivent prendre le temps d'aller faire du surplace en marchant sur une grosse machine chère, électronique, et qui consomme de l'électricité.

Rassurez-moi, je ne suis pas la seule à qui ça donne envie de tout faire sauter ?



(Le Grand était moins indigné que je l'aurais souhaité, jusqu'à ce qu'il apprenne que l'abonnement à la salle de sport n'était pas gratuit.) ("Tu veux dire qu'elle a payé pour marcher ? Mais elle est folle ?")

mercredi 29 novembre 2017

Peluche diététique

Début des achats de Noël. Dans la mesure du possible, je vais dans des "vrais" magasins, surtout pour les livres ; mais parfois, pour certains trucs bien spécifique, Internet est la seule solution (il est loin le temps où j'avais appelé quinze magasins à la suite avant d'envoyer Darling à l'autre bout de Paris chercher la seule peluche en forme de flamand rose de la capitale, parce que le Grand, à trois ans, faisait une fixation sur cet animal !)

Miss Thing One veut une peluche de Tiplouf. Pour les ignorants, c'est un pokemon – un parmi des centaines d'autres. Autant dire que je pourrais chercher longtemps "en vrai". Mais heureusement, il y a Amazon Marketplace, la plate-forme d'Amazon pour les marchands divers et variés !

Je trouve trois ou quatre références. L'une des boutiques virtuelles, nommée Maillacq, est située en France, ce qui devrait signifier que l'objet ne mettra pas deux mois à arriver. Je passe commande. Gagné : moins de deux jours plus tard, le facteur m'apporte une enveloppée. Qui contient un paquet rigide. Étonnant, pour une peluche. Ils ont dû la glisser dans une boîte.

Sauf que dedans, il y avait de la levure de bière diététique au malt d'orge. Une "pépite nutritionnelle de la nature", d'après le paquet. Un "cocktail de bienfaits", une "source de vitalité" qui "contribue à votre bien-être".

Je suis sûre que ma fille sera très sensible à cet argument quand elle trouvera ça sous le sapin à la place de sa peluche de Tiplouf...


(PS : on m'a remboursée. Et en fin de compte, j'ai eu de la chance. En enquêtant, je suis tombée sur un forum avec tout un fil de discussion consacré à Maillacq : des dizaines de gens avaient commandé des appareils à raclette en promo, et avaient reçu à la place... des cagoules ! Du coup je n'ai pas retenté le coup : j'ai commandé la peluche à un autre vendeur, situé en Grande-Bretagne.)



dimanche 26 novembre 2017

Masculin pluriel

Ce sont cinq filles qui se sont donné pour mission de sauver les animaux grâce à des pierres précieuses magiques (une série pour les 7-9 ans que je traduis actuellement, d'une haute valeur littéraire, si si). Dans ce volume-là, elles sauvent un petit faon attaqué par des méchants braconniers. Elles l'emmènent en lieu sûr, mais figurez-vous qu'en chemin, il se met à pleuvoir.

Eh bien oui, je l'avoue, quand je parle de cinq filles et d'un faon (aussi mignon soit-il), écrire qu'en arrivant à la maison "ils étaient trempés", ça me dérange un peu.

jeudi 23 novembre 2017

Mr Thing Two choisit son métier

— Maman, tu sais ce que je veux faire quand je serai grand ? me demande Mr Thing Two.
— Eh bien, autrefois tu voulais être cascadeur, et ces derniers temps, tu avais envie d'être savant fou, enfin, chimiste, non ?
— Oui mais j'ai eu une autre idée. Je serai vendeur de vélos électriques, comme ça tu seras fière de moi !

Brave petit. Une objection, cependant :

— Pourquoi des vélos électriques ? Ça peut être très utile, bien sûr, mais quand on n'a pas besoin d'aller très loin ou de transporter des choses lourdes, des vélos tout court, c'est encore plus écologique.
— Parce que c'est plus cher, donc je gagnerai plus d'argent !

La fierté maternelle, c'est bien, mais ça ne nourrit pas son homme.

mercredi 22 novembre 2017

Des personnages en situation précaire

Couchés sur un énorme disque de pierre posé en équilibre sur une pyramide. En-dessous, un gouffre – avec au fond des piques de métal, pour faire bonne mesure. S'ils bougent le moindre muscle, ils sont morts. Mais ils n'ont plus qu'environ trois minutes pour sauver le monde (et accessoirement la sœur du héros), donc il faut qu'ils bougent. Et puis de toute façon, le disque est incliné, et il commence à glisser.

J'ai toujours des scrupules à laisser mes personnages dans des situations pareille au moment d'aller au lit.

J'ai même regardé si par hasard je ne pourrais pas les sortir de là en traduisant deux ou trois pages de plus que prévu, pour avoir bonne conscience. Mais trois pages plus loin, ils sont en train de détaler dans un couloir qui se termine sur un précipice, poursuivis par un gigantesque rocher qui roule vers eux à toute allure. Donc tant pis, je les laisse sur leur disque de pierre jusqu'à demain matin. Au moins, ils sont couchés...